La apariția în franceză a volumului Nici eroi, nici trădători de Petru Negură Nicolas Trifon publica în Le Courrier des Balcans textul de mai jos. Până la polemicile din presa românească despre scriitorii moldoveni din perioada stalinistă citiți preludiul francez. În franceză.
Nicolas Trifon a publicat în 2012 la Cartier volumul Aromânii: pretutindeni, nicăieri. Tiraj epuizat. În curând la Cartier va apărea volumul Unde e Aromânia de Nicolas Trifon.
Iar miercuri, 20 august, Vă așteptăm cu drag la lansarea volumului Nici eroi, nici trădători de Petru Negură. Traducere din franceză de regretata Gabrila Șiclovan.
Ni héros, ni traîtres : les écrivains moldaves face au pouvoir soviétique sous Staline
L’Harmattan, Paris, 2009, 417 p., 38 euros, préface de Catherine Durandin
Mise en ligne : mercredi 27 mai 2009
Ni héros, ni traîtres : les écrivains moldaves face au pouvoir soviétique sous Staline, tel est le titre du livre de Petru Negura qui vient de paraître. Pourtant, certains de ces écrivains font plutôt figures à la fois de héros pour les uns (les Moldaves soviétiques), et de traîtres pour les autres (les Roumains nationalistes)… C’est la démarche de ces écrivains, telle qu’elle ressort des travaux d’un jeune sociologue moldave, qui est interrogée ici par Nicolas Trifon.
28 juin 1940, suite au traité Molotov-Ribbentrop, la Moldavie orientale, plus connue sous le nom de Bessarabie, est annexée par l’URSS. Les autorités roumaines ont quatre jours pour se retirer. Préfets et instituteurs, notables et intellectuels de renom, se réfugient dans la Roumanie dans ses nouvelles frontières. Parmi eux, des écrivains : 50 sur les 60 que comptait l’Union des écrivains bessarabiens (UEB). Ceux qui restent décident de collaborer avec leurs confrères transnistriens regroupés eux aussi au sein d’une Union des écrivains moldaves (UEM), dans la petite République autonome socialiste soviétique moldave (RASSM) fondée en 1924 par les bolcheviques dans la perspective de la récupération de cette ancienne province tsariste réunie à la Roumanie à la faveur de la révolution russe de 1917. Des écrivains appartenant à deux autres « catégories » se joignent à l’UEM : les « allogènes », en fait les Roumains juifs ou issus de familles de confession juive, plus ou moins communisants et ayant subi l’antisémitisme d’Etat roumain et les militants chevronnés du Parti communiste roumain, clandestin depuis 1924. Les premiers sont une dizaine, les seconds deux seulement. Tous ces nouveaux venus à l’UEM ont en commun le fait d’avoir fait des études supérieures en Roumanie, alors que leurs collègues transnistriens ont été formés en URSS justement dans le cadre de la RASSM appelée à s’élargir à l’ouest. Parmi ces derniers, les non-Moldaves – c’est-à-dire surtout des Juifs (selon le critère de nationalité soviétique) et des Ukrainiens – sont majoritaires. La plupart sont moins cultivés et maîtrisent mieux que les nouveaux venus bessarabiens le « parler soviétique » mais moins bien la langue roumaine (p. 145).
Archives et entretiens avec les survivants à l’appui, Petru Negura procède à une reconstitution minutieuse du trajet de ces écrivains bessarabiens qui ont adhéré à la cause de la Moldavie socialiste. Sur le plan de l’engagement, le choix des « allogènes » et des activistes communistes, persécutés par le régime roumain, est cohérent. Celui des anciens membres de l’UEB est plus surprenant et autrement emblématique. La plupart (plus précisément 8 des 10) faisaient partie de la rédaction de Viata Basarabiei [la Vie de la Bessarabie], revue culturelle fort influente dans les années 1930. Contrairement aux personnalités marquantes de la génération précédente, formées à l’école russe et révolutionnaire, mais qui avaient évolué vers des positions traditionalistes et nationalistes roumaines après la réalisation de l’union, ils sont plutôt modernistes, dans le sillage de la vogue postsymboliste, et plus radicaux. Sur ce dernier point, ils sont sur la même longueur d’ondes que leurs confrères roumains de la même génération. Si le pôle fascisant joue un rôle central chez ces derniers, le discours des Bessarabiens relève davantage du populisme de gauche (p. 99). Ils se distinguent de leurs aînés par la critique virulente de la politique menée par l’Etat roumain dans leur province et par des revendications à caractère régionaliste, comme le prouve par exemple la constitution en 1939 d’une union des écrivains distincte de celle de Bucarest. C’est ce qui explique, en partie tout au moins, leur défection par rapport à la « mère patrie » roumaine et leur propension à adhérer à la cause bolchevique moldave.
Le mérite incontestable de P. Negura est d’avoir mis le doigt sur l’existence, souvent occultée dans l’historiographie roumaine, d’un courant régionaliste, relevant à la fois d’une sorte de culte du génie « autochtone » et du souci d’équité sociale, issu de l’intelligentsia bessarabienne roumaine en rupture de ban avec son milieu d’origine et d’avoir attiré l’attention sur les liens que ce courant pouvait entretenir avec le moldovénisme forgé à l’époque soviétique [
