LES MILIEUX DES EMPIRES – MAI 2009 – N°23
Le 7 avril 2009 les drapeaux de la Roumanie et de l’UE flottaient sur la Présidence de la République de Moldavie. A 15.00h, l’Ambassadeur russe auprès de l’UE, Vladimir Czijov signalait par téléphone à un officiel européen de haut rang que la Roumanie était impliquée dans une tentative de coup d’Etat en République de Moldavie. Le jour suivant, le président moldave, Vladimir Voronine, accusait officiellement la Roumanie de fomenter un coup d’état en République de Moldavie…
A la veille des élections législatives du 5 avril 2009, le Kremlin est inquiet du climat interne de la République de Moldavie. La position du Parti des Communistes (PCRM), gagnant en 2001 et 2005, est menacée par les partis de droite qui sont proroumains et pro-occidentaux.
La situation du contexte géopolitique régional amplifie les inquiétudes de Moscou dont les intérêts dans l’espace postsoviétique sont plus menacés que jamais par l’OTAN et l’UE après leur élargissement historique de 2004.
A la différence des régimes “orange” de M. Saakachvili et V.Youchtchenko qui ont essayé de forcer l’entrée de la Géorgie et de l’Ukraine dans l’OTAN, le gouvernement “rouge” de V.Voronine a tenu à distance la Moldavie de la structure otanienne. Dans ce but, il a constamment valorisé la neutralité permanente de la République de Moldavie ainsi que la réticence de la population dont seulement 30 % est favorable à l’OTAN. En revanche, Chisinau doit accepter l’ouverture de son pays vers l’UE car 70 % des Moldaves rêvent d’Europe, sinon, le régime en place pourrait perdre le pouvoir dans un pays où un million de Moldaves, attirés par l’UE, demandent la citoyenneté de la Roumanie européenne.
Par ailleurs, Bruxelles a intérêt à avoir sur ses frontières « un anneau d’Etats amis » et une zone de stabilité. Or, la Moldavie est une source de menaces permanentes par le conflit non résolu de la région de Transnistrie connue comme lieu de passage pour les trafics humains vers l’Europe et de transit pour les drogues et pour les armes de l’ancien complexe militaire soviétique vers les marchés internationaux.
De plus, la guerre de 5 jours de Géorgie d’août 2008 a montré qu’il y avait toujours des conditions favorables au « dégel des conflits gelés» de l’espace postsoviétique ainsi que la capacité pour l’UE de jouer un rôle de médiateur et de pacificateur. Par ses ambitions, l’UE, longtemps sous-estimée par la Russie, devient un acteur susceptible de défier les intérêts russes en Moldavie et dans son « étranger proche. » La Russie doit bloquer « l’ingérence » de l’UE dans sa «zone d’influence » où Moscou a déjà subi un échec majeur en 2003 par la non implémentation du « Mémorandum Kozak ».
Préparé pour la solution du conflit de Transnistrie, le plan russe visait l’application d’un « fédéralisme asymétrique » en Moldavie. En cas de succès, il constituait un schéma de réintégration de la Géorgie et l’Azerbaïdjan pour transformer la « Communauté des États Indépendants dans une quasi-confédération sous la dominance de la Russie ».
En 2009, le Kremlin a obtenu une nouvelle promesse de Vladimir Voronine qui, pendant sa visite à Moscou le 18 mars dernier aurait promis au président russe D. Medvedev la signature d’un nouveau « Mémorandum Kozak » dans le cas de victoire aux élections.
Le 7 avril 2009, une « révolution manquée », d’origine apparemment interne, bouleverse la Moldavie. Mais son éclatement, un mois avant le lancement officiel du « Partenariat oriental » de l’UE laisse planer un doute : ne s’agit-il pas en réalité d’un scénario qui trahit «l’envie de la Russie de regagner son influence dans son étranger proche?»
Inessa Baban
Autres travailles:
- N°14 : “Quel gouvernement pour quelle Moldavie ?” Tendances et perspectives en période électorale – Mars 2009 Par Inessa Baban, assistante de recherche à l’IRIS;
- Inessa Baban.IRIS.2008