Corjeuti est un petit bourg au nord-ouest de la Moldavie, le pays le plus pauvre d’Europe, coincé entre l’Ukraine et la Roumanie, aux portes de l’Union européenne. La grande majorité des habitants de Corjeuti quitte la Moldavie avec un visa de tourisme valable seulement quelques jours et payé jusqu’à 5000 euros à des intermédiaires. Arrivés en France, ils se retrouvent rapidement sans papiers, mais ils ont l’assurance de trouver un emploi. À la faveur de réseaux de solidarité, la plupart des hommes deviennent ouvriers du bâtiment, les femmes sont employées de maison. Nombreux sont ceux qui travaillent « au noir », sans document d’identité. D’autres font fabriquer des faux pour quelques centaines d’euros. Les années passées en France sont sacrifiées au travail et vouées à préparer un retour plus prospère au pays. En attendant le retour définitif, la vie est faite de débrouille, menus trafics et profil bas, avec l’espoir de ne pas être découvert par la police. Au village demeurent les enfants et les vieux. Certains Moldaves de Corjeuti restent cinq à sept ans sans revoir leurs enfants et leurs proches, ce n’est pas l’envie qui manque mais un simple aller-retour au pays est trop risqué et trop coûteux. Une visite à l’école de Corjeuti suffit à mesurer l’ampleur du phénomène. Dans chaque classe, on rencontre des enfants qui vivent plusieurs années sans leurs parents partis travailler à l’étranger. Il est difficile d’établir le nombre exact d’habitants du village établis dans la banlieue parisienne. Leur nombre est aujourd’hui estimé à 3000, mais il n’a cessé de grandir depuis le début des années quatre-vingt dix malgré un durcissement du contrôle aux frontières de l’UE.
Zoé Lamazou
DIN BLOGURILE MOLDOVEI