Parce que tu as toujours eu cette sensation que ta vie s’est déroulée hors de toi, et en dépit de toi, et que tu l’as regardée se construire à l’écart et qu’elle ne te ressemble pas. Ce n’est pas seulement aujourd’hui. Quand tu étais petit et que tes parents t’emmenaient au supermarché tu regardais les passants avec leurs caddies. Tu les fixais, tu avais pris cette manie tu ne sais plus où, tu regardais leurs vêtements, leur façon de marcher, et tu te disais : Pourvu que je sois comme ça, pourvu que je ne sois pas comme ça. Et tu n’aurais jamais pensé à devenir ce que tu es aujourd’hui. Jamais. Tu n’aurais même pas pensé à ne pas le vouloir.